À vos marques ! Prêts ? Partez !
Tout le monde en parle. Jean Chrétien pourrait tirer sa révérence après avoir fait entrer le Canada dans le XXIe siècle. Avec une élection fédérale au programme quelque part en 2001, il ne fait pas de doute que les principaux intéressés s'affairent déjà depuis un certain temps à mettre les pions sur l'échiquier en vue d'une éventuelle course à la direction du Parti libéral.
Mais l'affaire n'est pas simple. On ne peut planifier la succession à la direction d'un parti politique sans que les candidats potentiels et leurs supporteurs aient au moins une vague impression d'avoir une chance de l'emporter. Cette question est plus importante lorsqu'il s'agit du parti au pouvoir et qu'il compte, bien sûr, remporter la prochaine élection générale. Ainsi, à défaut d'avoir une saine compétition, la course éventuelle à la direction du Parti libéral du Canada prendrait des airs de simple passation des pouvoirs, ce qui, en démocratie, n'est pas très prisé. On ne gère tout de même pas la succession à la tête d'un gouvernement comme on planifie la succession à la tête d'une entreprise.
Avouons-le franchement. Depuis sa défaite aux mains de Jean Chrétien lors de la dernière course à la direction du Parti libéral, Paul Martin n'est pas resté dans l'ombre, loin de là. Son poste de ministre des Finances l'a littéralement propulsé au firmament des personnages les plus en vue du pays. Travailleur acharné, il a méthodiquement combattu le déficit du gouvernement avec zèle et énergie. La conjoncture lui était favorable et il a livré la marchandise, creusant graduellement son nid dans l'antre du pouvoir.
Or, dans cette croisade, plusieurs autres ministres ont vu leur plan de carrière politique bousculé. Qu'est-il donc advenu du fameux Rat-Pack des années 1980 qui alignait de jeunes politiciens fringants que plusieurs voyaient comme de futurs premiers ministres? La descente aux enfers de Sheilla Copps n'en finit plus, Brian Tobin se fait tranquillement oublier sur son île, John Nunziata s'est fait mettre à la porte de son parti et vient de se faire adopter par l'Alternative unie, et Don Boudrias...bon.
En somme, le ministre Martin est si omniprésent dans le paysage politique d'Ottawa qu'on ne voit plus que lui. La santé: c'est lui. L'éducation: c'est lui. La recherche fondamentale: c'est également lui. Et si on lit bien entre les lignes du dernier budget fédéral, il s'intéressera désormais personnellement aux questions d'environnement et d'énergie. Rien ne lui échappe et seules les esclandres passagères de son Premier ministre et de son collègue des Affaires intergouvernementales nous rappellent qu'il n'est pas seul à gérer l'État.
La tradition politique canadienne veut que le chef d'un parti politique reste tout à fait neutre en ce qui a trait à sa succession. La désignation publique des dauphins n'est pas de bon aloi, pas plus d'ailleurs que les compétitions à sens unique. Mais devant l'omniprésence du ministre Martin, qui oserait se mesurer à lui?
Le dernier budget fédéral, fortement intensif en questions reliées à la santé, devient un outil de promotion politique intéressant entre les mains, justement, du ministre de la Santé. Alan Rock, candidat plus que probable à la succession de Jean Chrétien, aura donc enfin la chance de se faire valoir et de distribuer à son tour les millions susceptibles de lui donner une plus grande visibilité dans les médias.
Mais est-ce vraiment une chance? Après s'être buté à des dossiers aussi difficiles que ceux de la Somalie et du sang contaminé, voilà qu'Alan Rock devra faire face au mécontentement annoncé du Québec et de Terre-Neuve eu égard à la réallocation, sur cinq ans, des 11,5 milliards de dollars au chapitre du Transfert canadien en matière de santé et de programmes sociaux (TCSPS). La nouvelle méthodologie de répartition qui se fera sur la base d'un calcul par habitant est en effet loin de satisfaire ces deux provinces. Le ministre Rock aura la tâche ingrate d'affronter le Québec sur ce front. Il devra aussi confronter publiquement le Premier ministre de Terre-Neuve sur cette question. Quoi de mieux qu'une zizanie entre deux prétendants pour en satisfaire un troisième.
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